J'ai un grand besoin de conseils ou de votre expérience. William a fait sa rentrée à l’école. Déjà, depuis quelques mois, je sentais que mon fils n’allait pas bien. Maintenant, je trouve que ça monte en puissance. J'ai alerté le médecin, l'orthophoniste et son enseignante. William a des troubles du comportement : refus spontané et immédiat devant toute demande à l'école, à la maison et chez l'orthophoniste. Il faut toujours négocier ou le prendre à part pour lui expliquer. Crises de nerfs. Il se bloque complètement devant certaines tâches et se met à pleurer et à dire qu'il n'y arrivera jamais (alors qu'il peut y arriver et même très bien). Il devient agressif. Voilà ce que l'on constate tous. Je me demande si nous n’exigions pas trop à William depuis toujours. L'orthophoniste va alléger les séances. D'un autre côté, William est très intelligent et en avance par rapport à la lecture dans sa classe. Son enseignante me dit qu'elle a l'impression qu’il joue le têtu, qu'il veut sans arrêt se démarquer des autres. Elle ne pense pas qu'on lui demande trop. Quand il a envie, il fait très bien les choses.
Je ne sais pas comment aider mon fils. Jusqu'à maintenant, on avançait à tâtons, mais là j'ai l'impression d'être dans une impasse. Il faut aussi savoir que j'habite loin des grands centres et qu'il m'est difficile d'y aller. De toute façon, William refuse tout net. J'ai conscience que mon fils est à bout, mais que faire pour l'aider? J'ai l'impression que la dysphasie est en train de le bouffer.


Marie-Ève

Il est intéressant de rappeler d’entrée de jeu qu’un enfant aux prises avec des difficultés de langage et de compréhension tentera d’exprimer ses émotions et son ressenti par ses comportements. William exprime clairement son insatisfaction, son mécontentement et surtout son découragement et sa dévalorisation. Voilà un bon point à partir du moment où le parent se met à l’écoute de ces signes plutôt que s’attendre à une expression verbale de ceux-ci.

Je suggère de mettre des mots sur l’expression comportementale de votre enfant. Par exemple : « Tu te sens découragé d’avoir à faire tous ces exercices? », « Tu crains de ne pas pouvoir y arriver? » ou encore « Tu es fâché de ne pas pouvoir y aller? ». En favorisant cette approche, votre enfant se sentira compris dans ce qu’il ressent et pourra enfin mettre des mots sur l’inexplicable en lui. Surtout, écoutez-le et faites-le participer pour trouver une solution qui vous convienne et qui lui convient aussi!

En terminant, je vous laisse sur une réflexion : mettez-vous dans la peau d’un enfant de l’âge du vôtre. Maintenant, imaginez que depuis aussi loin que vous vous souvenez, vous vous sentez différent et étiqueté par les gens qui vous entourent. Certains vous jugent comme un incompétent, un retardé, un niais alors que d’autres vous excusent, vous surprotègent, vous étouffent. Depuis 2 ans, les rendez-vous se multiplient : orthophoniste, éducatrice, psychologue. Vous êtes constamment en mode « dysphasie ». Toujours, chaque jour, chaque instant, vous êtes confronté aux limites imposées par la dysphasie. Tout à coup, vous désirez faire une pause. Vous désirez vivre tout simplement. C’est alors que vous avez l'impression qu'on vous en demande toujours plus, qu’on s’oppose à votre désir de repos. Comment réagiriez-vous?



Sincèrement,
Karine Trudel,
Coach parental

514.651.6201



Courrier des parents pour le Journal Regarde-Moi
de l'Association de la Dysphasie Montérégie
Octobre 2009

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